Noël au camp

Célébration d'une messe de Noël dans un camp de bûcherons d'autrefois au Québec

Crédit photo : archives nationales du Québec
Bas de vignette : Célébration d’une messe de Noël dans un camp de bûcherons d’autrefois au Québec 

Noël au camp

VOL. 15 | No 3 | DÉCEMBRE 2025
Par Stéphane Francoeur 

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Bien que Noël soit célébré principalement les 24 et 25, c’est tout le mois de décembre qui semble festif, empreint de nostalgie et influencé par cette fête annuelle. Qu’elles soient transmises ou réinventées, les traditions sont quasi incontournables durant cette période, chaque personne a les siennes et un temps choisi où elle est prête à illuminer son extérieur, à préparer son sapin de Noël ou à écouter des chansons de saison. Dans l’univers de la chanson de Noël, chacun et chacune y va de ses préférences, certains les aiment classiques et d’autres les aiment modernes.

 

Depuis des siècles, on compose des chants, des cantiques et des chansons de Noël; ils sont tantôt religieux ou tantôt populaires, parfois connus mondialement, parfois, plus localement. Notre pays compte plusieurs dizaines de chansons originales de Noël, surtout connues dans la francophonie canadienne, des récits chantés qui parlent de nous et dans lesquels on se reconnaît davantage. J’ai un attachement particulier pour la chanson Noël au camp,  écrite en 1970 par le Québécois Tex Lecor; elle raconte la vie toute simple vue par un bûcheron isolé dans un camp au fond des bois à la veille de Noël. La composition musicale évoque entre autres la vie quotidienne, la nostalgie et la famille. Enfant, je me souviens d’avoir vu ma mère verser quelques larmes à l’écoute de cette chanson parce qu’elle lui rappelait la vie de mon père, vaillant bûcheron qui avait été contraint quelquefois de s’éloigner des siens afin d’aller gagner sa vie; parfois, l’engagement et diverses contraintes l’avaient obligé à passer Noël loin des siens.

 

Autrefois, les hommes profitaient de l’hiver et d’un temps où les travaux des champs étaient impossibles, pour s’engager auprès de compagnies forestières pour aller bûcher dans le bois et bénéficier d’un revenu supplémentaire très souvent nécessaire. La neige et le gel au sol facilitent le transport des billots par traîneau, généralement avec l’aide d’animaux. En hiver, la sève est en dormance, les feuilles sont tombées, ce qui facilite la manipulation et le traitement du bois. La vie de chantier est rude, on travaille beaucoup pour peu d’argent mais l’homme d’autrefois est résigné parce que sa vie au quotidien est rude et ardue. Le bûcheron gaspésien doit parfois s’éloigner pour avoir un meilleur salaire et une meilleure certitude de travail à long terme. Nos anciens se sont souvent déplacés sur la Côte-Nord, au Lac Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick et ailleurs pour le travail. Souvent, les hommes ne pouvaient revenir à temps pour célébrer Noël avec leur famille, les moyens de transport et de communication étant moins développés que ceux d’aujourd’hui. Dans les camps de bûcherons où pouvaient s’entasser des centaines d’hommes, on soulignait simplement la fête de Noël par un repas, quelques chansons mais rien pour empêcher le travail. Certains hommes pouvaient recevoir des cartes de Noël; parfois, une messe était organisée si la distance et la disponibilité d’un curé le permettaient. À l’époque, les travailleurs ont peu de moyens de communication; sans accès au téléphone, on se réfugie dans sa nostalgie et ses souvenirs. On raconte que la plupart des hommes n’avaient pas assez d’argent et de temps pour regagner leur milieu familial et s’absenter comportait, la plupart du temps, le risque de ne pas être réembauché au retour.

 

En réécoutant volontiers Noël au camp, encore cette année, j’aurai une pensée pour les hommes de ma famille et des alentours aux histoires semblables à ce récit, et comme on dit: seuls les noms ont été changés.

 

 

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