Bio : Noémie Pomerleau-Cloutier a grandi dans les Plateaux et sur la Côte-Nord. Après des années à Montréal, elle s’est établie en 2023 à Rimouski. Elle est autrice, artiste textile, médiatrice culturelle, formatrice et intervenante. Elle a publié deux recueils de poésie, Brasser le varech (La Peuplade, 2017) et La patience du lichen (La Peuplade, 2021 et Bibliothèque québécoise, 2025), qui a été finaliste au Grand prix du livre de Montréal et a gagné le Prix de l’œuvre de la relève du CALQ à Montréal en 2021.
Elle a aussi fait paraître un recueil de poésie jeunesse, Tête boule disco, chez Boréal (2024), nominé aux Prix littéraires du gouverneur général et récipiendaire du Prix littéraire des enseignant·es de français – poésie en 2025. L’empathie teinte sa pratique artistique qui puise dans un profond respect pour le territoire et pour ces histoires en chacun.e de nous qui sculptent la relation à soi, aux autres et aux lieux.
J’ai eu la chance récemment de m’entretenir avec Noémie et nous avons discuté de son parcours d’auteure de poésie. J’ai connu Noémie enfant, alors que nos parents étaient amis au début des années 80. Sa mère, Jacinthe Pomerleau, fut l’une des instigatrices de la mise sur pied du CPE Aux nids des Joyeux Marmots alors que son père, André Cloutier, occupait un poste d’ingénieur forestier au Groupement agro-forestier de la Ristigouche. Noémie garde un intérêt certain pour Matapédia-et-les-Plateaux, bien que son identité soit plus celle d’une Nord-Côtière, y ayant passé plusieurs années significatives. Elle est récemment venue sur notre territoire donner un atelier aux jeunes de la classe de Sonia Rancourt (voir Journal d’avril 2026).
Mireille : Comment la poésie a trouvé son chemin vers toi ?
Noémie : J’ai demeuré, à deux reprises, entre 2003 et 2009, en Afrique de l’ouest et, à cette période, j’avais pris l’habitude d’écrire des « chroniques » à ma famille sur Facebook qui, à cette époque, ne disposait pas de messagerie, sur ce qui se passait dans ma vie là-bas. Puis, en 2012, à la suite d’une peine d’amour, j’ai commencé à faire sortir mes émotions sous forme de poésie. Ça peut sembler stéréotypé comme révélation, mais c’est mon cheminement et le point de départ de ce que je fais maintenant.
M : Pour toi, la poésie, c’est… ?
N : Un regard sur la vie. Ça peut être « funny-éclectique » comme l’auteur Baron Marc-André Lévesque ou au style minimaliste comme Maude Smith-Gagnon, récipiendaire
du Prix Émile-Nelligan, en 2006.
M : Pour beaucoup, la poésie, c’est difficile et ça ne s’adresse pas à tous. Que dirais-tu au commun des mortels pour les y intéresser ?
N : La poésie doit être ressentie, pas comprise : c’est la forme de littérature la plus libre donc la plus simple. Elle doit susciter une émotion, faire voir la beauté. Si vous prenez un recueil de poésie et que vous ne ressentez rien, changez de livre ! Les meilleurs poèmes, selon moi, sont souvent ceux qui ne sont pas écrits par des personnes avec une formation littéraire ou qui se perçoivent comme écrivain.e.s. Je pense, par exemple, à un pêcheur de Blanc-Sablon, qui avait un poème dans sa poche car sa femme lui avait recommandé d’en avoir toujours un sous la main. Il nous l’a lu comme ça et ça m’a touchée car c’était très beau et très simple mais directement connecté sur ses émotions. Bref, il ne faut pas hésiter à essayer des choses et un bon endroit pour faire des essais, c’est la bibliothèque. La poésie, c’est pour tout le monde !
M :En 2025, tu as reçu le prix littéraire des enseignant.e.s de français pour ton livre Tête, boule-disco. Quelle signification a eu ce prix pour toi ?
N : J’étais doublement heureuse car ce sont des profs qui l’ont choisi, donc il y a des pistes pédagogiques qui viennent avec et ils-elles ont le goût de l’enseigner, de le faire vivre. De plus, ce livre aborde la neurodivergence, un sujet qui me touche; ça me plaît de savoir que des jeunes vont le lire et l’étudier.
M : Finalement, Noémie, quels sont tes futurs projets d’écriture ?
N : J’ai déjà plusieurs projets en branle, notamment un sur lequel je travaille depuis un bon moment, Ouvrage secret, et qui devrait arriver cet automne en librairie : il traite du deuil. D’ailleurs, j’ai accumulé tellement de matériel suite à un appel à témoignage que j’en ferai peut-être d’autres projets sur différentes formes de deuil (périnatal, chez les enfants). Aussi, je travaille sur un projet de poésie auquel je pense depuis Brasser le varech, mon premier recueil, à propos de Marcelle Gauvreau, une figure scientifique originaire de Rimouski, botaniste et chercheure qui s’est notamment intéressée à la
flore aquatique.
Je dois dire aussi que, parmi mes activités professionnelles, ma préférée est sans doute de donner des ateliers artistiques : ayant été enseignante en francisation pendant longtemps, j’aime voir les gens avoir du plaisir et pouvoir leur transmettre quelque chose. Et puis, j’ai d’autres idées aussi, j’aime avoir plusieurs chantiers en branle.
LECTURE À EXPLORER de Noémie Pomerleau-Cloutier
Raconte-moi la fin, de Valéria Luiselli, essai.
C’est un récit sur l’injustice des systèmes migratoires. Dès leur entrée aux États-Unis, les enfants migrants sans papiers venant d’Amérique du sud subissent un interrogatoire composé de quarante questions. Le but ? Leur permettre de raconter leur histoire et pouvoir en juger la véracité. Valeria Luiselli a été interprète pour les tribunaux américains. Elle a été confrontée à la brutalité des politiques migratoires et à leurs angles morts : comment dire la terreur qu’on fuit et celle qu’on rencontre en chemin ? Comment mettre en ordre, par le récit, des vies rendues illisibles par la violence du monde ? Raconte-moi la fin, est un essai d’une grande sensibilité qui
rend aux migrations leur dimension humaine.