La recette de Ricardo

VOL. 15 | No 3 | DÉCEMBRE 2025
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Par Mireille Chartrand, présidente du Journal communautaire Matapédia-et-les-Plateaux

La recette de Ricardo

On pourra dire que cette année sera remarquable pour nous, dans Matapédia-et-les-Plateaux. Remarquable pour son peu de précipitations et la sécheresse qui en découle. Nos municipalités nous ont informés au cours des derniers mois du bas niveau des réserves d’eau et nous ont sensibilisés à en faire une utilisation sensée. Certains résidents ont également vu leurs puits être complètement à sec. Nous avons la chance d’avoir eu, jusqu’à maintenant, accès à toute l’eau dont nous avions besoin pour utilisation quotidienne et, aussi, à celle qui nous sert de façon récréative. Manquer d’eau ? Peut-être dans les pays en voie de développement mais certainement pas ici. Nous avons construit cette perception d’abondance à partir de notre expérience de surutilisation : au Canada, nous sommes les plus grands consommateurs d’eau au monde. Sa gratuité et sa grande quantité disponible nous ont également fait croire que nous étions à l’abri d’une pénurie. Dans une récente entrevue donnée par Mireille Chalifour, codirectrice de l’Organisme bassin versant Matapédia-Restigouche, à la Télévision communautaire de la Matapédia 1 , nous apprenons que l’eau de la rivière Matapédia est la plus basse en 28 ans. Un faible débit d’eau peut avoir des conséquences importantes sur les poissons et autres espèces : augmentation de la mortalité, plus de braconnage, difficultés de reproduction. Sur le moyen et long terme, ces épisodes de sécheresse devraient augmenter. Avons-nous des solutions pour prévoir les pénuries dans les prochaines années ? Comment pourrons-nous nous assurer que chaque personne pourra avoir accès à un minimum d’eau en cas de disette prolongée ? Quelles seront les conséquences pour nos producteurs locaux ? Ce ne sont plus des questions théoriques, il faut bien se rendre compte que plusieurs souffriront de ces situations. En 2012, j’ai eu la chance d’aller entendre, à New Richmond, un remarquable conférencier : Ricardo Petrella, politologue et économiste d’origine italienne. Un des sujets de prédilection de M. Petrella est l’accessibilité à l’eau pour tous les êtres humains. Il a constaté que l’eau était devenue une marchandise au même titre que d’autres biens de consommation mais que, contrairement à une voiture, il n’est pas possible de s’en passer pour vivre et qu’il est donc naturel de la partager et de s’assurer que tout le monde y ait accès. Abordons cette fin d’année en toute humilité face aux changements qui nous attendent et adoptons la recette de Ricardo : «L’eau est nécessaire à la vie et chaque être humain devrait avoir accès à ce qui est nécessaire pour sa survie.» Joyeuses précipitations !

1. https://www.youtube.com/watch?v=EjLCcC2NCKQ
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